sâmbătă, 14 iunie 2014

Laïcité - Croire ou ne pas croire...


... La question ne se pose plus pour l'État Roumain in général et pour le Ministère de l'Éducation et de la Recherche en spécial. Les politiciens qui gouvernent la Roumanie considèrent la croyance chrétienne-orthodoxe comme partie intégrante de l'identité du Roumain. La preuve ? Plusieurs !

Plus de 18 000 églises, mais moins de 5 000 écoles et collèges publics et environ 400 hôpitaux publics. Un chantier faramineux pour la construction d'une cathédrale inutile et trop chère, des curés payés avec l'argent du contribuable et, pas moins, le catéchisme orthodoxe dans les écoles publiques soutenu par une série de manuels (autres que ceux d'éducation religieuse) remplis par le dogme religieux. 

J'ai déjà écris au sujet du créationnisme. A ce moment-là, j'espérais que ces manuels étaient seulement les déviations de quelques politiciens quittés par la matière grise et que cela ne durerait pas. Plus de 5 ans sont passés depuis et la situation s'est aggravée.


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Manuel d'histoire - CM2 - Édition 2003
Dans le manuel d'histoire pour le CM2, autorisé par l'état, Valentin Balutoiu et Constantin Vlad se sont donné tant de peine pour réunir des matériels, qu'on a l'impression d'avoir devant les yeux un livre de prières.

Au chapitre "La préhistoire de l'humanité", page 12, les auteurs ont juxtaposé une citation de la Bible avec un texte qui explique sommairement l'évolution de l'homme. Que doit comprendre un enfant de CM2 ? Que l'homme a comme ancêtre le Ramapithecus ou que dieu l'a créé d'après son apparence ? Ou peut-être dieu était un Ramapithecus ?

La confusion continue aussi pages 13 et 14. A la question "Quelle est l'origine de l'homme?" les auteurs osent suggérer cela : 
Cette image de l'évolution de l'homme qui nous est offerte par les recherches scientifiques est seulement une voie pour la compréhension de ce qu'est l'être humain. Elle ne dit pas de manière absolument claire comment l'homme est apparu. C'est pour cela qu'aujourd'hui, les savants se demandent si les explications que la religion nous offre ne doivent pas être prises en considération lorsqu'on se questionne sur l'origine de l'homme."
Prendre en considération quoi ? Des contes qui affirment que la Terre est plate ? Que dieu a fait le soleil avant la Terre ? Que l'homme a été façonné avec de la glaise ? Sur quelle base objective la religion peut-elle démontrer ses affirmations ?


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Manuel d'histoire - CM2 - Édition 2003
Au chapitre "La fin de l'antiquité", les enfants de 11-12 ans apprennent comment le christianisme est apparu, tout cela sur un ton digne d'un cathé du dimanche. Les citations de la bible sont en place d'honneur.

Pour les auteurs, l'antiquité disparaît avec la naissance de Jésus. Ils ne disent rien sur le contexte politique, social, économique et culturel de l'époque, rien sur les cultes dominants de l'Empire Romain et du Moyen Orient. L'analyse géo-politique du monde antique est tout simplement exclue.

Ils se sont permis d'effacer presque 400 ans de l'histoire de l'humanité et presque toutes les civilisations qui n'ont pas eu un lien avec le christianisme.

Le temps historique est transformé dans une soupe indigeste où les ingrédients sont semblables à la propagande. 

Les introductions sur les guerres judéo-romaines et la destruction du second Temple sont omises. Pareil pour l'influence du mithraïsme sur les premiers chrétiens. Les évangiles apocryphes ne sont pas mentionnées. Les auteurs ne parlent pas de la construction du système théologique chrétien et des querelles entre les différentes factions qui revendiquaient leur authenticité dogmatique.

Par contre, "le message chrétien" veut faire partie de l'éducation laïque dans les écoles publiques de Roumanie.
Le christianisme est une religion de l'amour universel, dieu chrétien étant le dieu de l'amour, en comparaison avec la divinité suprême du judaïsme, Yahve le vengeur."
Oui ? Il me semble que Jésus était le fils de Yahve... Chez nous, il y a un dicton : ce qui naît d'un chat mange aussi des souris... quand on regarde les textes de l'évangile de Matthieu :
10.34 Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée.
10.35 Car je suis venu mettre la division entre l'homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère;
10.36 et l'homme aura pour ennemis les gens de sa maison.
10.37 Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi;
Alors ? Cette histoire d'amour universel ?

Manuel d'histoire - CM2 - Édition 2003
Au chapitre "devoirs pratiques" les auteurs atteignent l'apogée de l'endoctrinement en proposant d'énoncer les éléments constituant le message chrétien. Et pourtant c'est un manuel d'histoire !!! 


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Manuel d'histoire - CM2 - Édition 1991

Je me rappelle de mon manuel d'histoire de CM2... Par amour de la comparaison, je l'ai cherché et trouvé. Il a sans doute ses défauts, mais dans tous les cas, il est complètement neutre en ce qui concerne le point de vue religieux... Au début des années 90, l'endoctrinement religieux n'était même pas en couches...  


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La présentation du manuel sur le site de la maison d'édition est tout simplement révoltante :
Le manuel est autorisé par l'ordre n° 4258 du 02.07.1996, suite à l'appel d'offre organisé par le Ministère de l'Éducation et de la Recherche et il est réalisé conformément au programme analytique approuvé par MEC. • La modalité par laquelle le manuel transmet le message éducationnel est basée sur l'associativité et l'interaction. • Il est dominé par les principes didactiques suivants : celui de l'accessibilité des connaissances, celui de la systématisation, celui de la participation active et consciente de l'élève. • Il sollicite la réflexion associative, par l'analyse comparative d'informations issues de différentes sources (le texte de la leçon, fragments d'oeuvres historiques, l'atlas historique, dictionnaire etc.)
Que dois-je comprendre ? S'il est "réalisé conformément au programme analytique approuvé par MEC", cela suppose que le MEC (Ministère de l'Éducation et de la Recherche) accepte de telles inepties ? Comment ces individus mis en haut de l'état grâce au vote démocratique peuvent exclure les citoyens roumains qui ne sont pas de confession chrétienne-orthodoxe ? 

Comment ça "sollicite la réflexion associative, par l'analyse comparative d'informations issues de différentes sources" ? En 4 pages consécutives, les seules sources ne sont pas impartiales (la bible, Tacite, Eusebe). Ils ne disent rien aux enfants d'Hypatia d'Alexandrie (tuée par l'amour universel chrétien), rien de Flavius Josèphe - l'auteur des Antiquités judaïques et de La Guerre des juifs et contemporain de Paul de Tarse. Quelle réflexion analytique développer chez les enfants alors que les devoirs se réduisent à comprendre le message chrétien ?

vineri, 13 iunie 2014

Laicitate - A crede sau a nu crede...

... Intrebarea nu se mai pune pentru Statul Roman in general si pentru Ministerul Invatamantului si Cercetarii in special. Politicienii care guverneaza Romania considera credinta crestin-ortodoxa parte integranta din identitatea romanului. Dovada ? O groaza ! 

Peste 18 000 de biserici, dar mai putin de 5 000 de scoli generale si vreo 400 de spitale publice. Un santier enorm pentru construirea unei catedrale inutile si prea costisitoare, preoti platiti din banii contribuabilului si nu mai prejos, catehism ortodox in scolile publice intarit de o serie de manuale cu iz creationist.

Am mai scris despre creationism. La vremea respectiva, speram totusi ca manualele acelea erau numai deviatiile unor politruci parasiti de materia cenusie si ca nu vor dura. Au trecut mai bine de 5 ani de atunci si situatia s-a agravat... 

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Manualul de istorie - clasa a 5-a - Editia 2003
In manualul de istorie pentru clasa a V-a, autorizat de prea-marii statului, Valentin Balutoiu si Constantin Vlad s-au istovit sa reuneasca atat de multe materiale demne de un acatistier propagandistic.

La capitolul "Preistoria umanitatii", pagina 12, autorii trantesc un ditamai citatul din Biblie justapus langa un text care explica sumar evolutia omului. Ce trebuie sa inteleaga un pusti de clasa a 5-a la ora de istorie ? Ca omul a evoluat din Ramapithecus sau ca d-zeu l-a creat dupa chipul si asemanarea lui ? Poate ca d-zeu era un Ramapithecus ? 

Confuzia continua in paginile 13 si 14. La intrebarea "Care este originea omului ?" autorii indraznesc sa sugereze ca :
Aceasta imagine a evolutiei omului pe care ne-o ofera cercetarile stiintifice este insa doar o cale catre intelegerea a ceea ce este fiinta umana. Ea nu ne spune in mod absolut limpede cum a aparut omul. De aceea, savantii se intreaba astazi daca explicatiile pe care ni le ofera religia, fara sa nege probele materiale de care e fost vorba mai inainte, nu trebuie si ele luate in considerare atunci cand ne intrebam cum a aparut omul."
Ce sa luam in considerare ? Niste povesti care afirma ca Pamantul e plat ? Ca d-zeu a facut soarele dupa ce a facut pamantul ? Ca omul a fost facut din tarâna ? Pe ce baza obiectiva religia poate demonstra afirmatiile ei ? 

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Manualul de istorie - clasa a 5-a - Editia 2003
La capitolul "Sfârsitul antichitatii", copiilor de 11-12 ani li se vorbeste despre nasterea crestinismului pe un ton apropiat orei de catehism. Citatele din biblie sunt puse iar la loc de cinste. 

Pentru autori, antichitatea dispare cand se naste Isus. Nu se spune nimic despre contextul politic, social, economic si cultural al vremii, despre cultele dominante in Imperiul Roman si in Orient. Analiza geo-politica a lumii antice este pur si simplu exclusa. 

Ei si-au permis sa stearga din istoria umanitatii aproape 400 de ani si cam aproape toate civilizatiile care nu au avut legatura cu crestinismul. 

Timpul istoric este redus la o ciorba indigesta unde ingredientele sunt de factura propagandistica : nasterea lui Isus, activitatea apostolica si persecutiile martirilor. 

Introducerile asupra razboaielor iudeo-romane si distrugerea celui de-al doilea templu sunt omise. La fel ca si influienta mithraismului asupra primilor crestini. Evangheliile apocrife nu sunt pomenite. Nu se vorbeste despre constructia sistemului teologic crestin si luptele intestinale dintre diferitele factiuni care-si revendicau autenticitatea dogmatica.

In schimb, "mesajul crestin" vrea sa faca parte din educatia laica din scolile publice din Romania. 
Crestinismul este o religie a iubirii universale, Dumnezeul crestin fiind un Dumnezeu al iubirii, spre deosebire de divinitatea suprema a iudaismului, Yahve cel razbunator.
Da ? Parca Isus era fiul lui Yahve... Vorba romanului : ce se naste din pisica tot soareci mananca... mai ales cand textele evanghelice descriu spusele lui Isus :
34. Sa nu credeti ca am venit s-aduc pacea pe pamant; n-am venit sa aduc pacea, ci sabia. 35. Caci am venit sa despart pe fiu de tatal sau, pe fiica de mama sa si pe nora de soacra sa. 36. Si omul va avea de vrajmasi chiar pe cei din casa lui. 37. Cine iubeste pe tata ori pe mama mai mult decat pe Mine nu este vrednic de Mine; si cine iubeste pe fiu ori pe fiica mai mult decat pe Mine nu este vrednic de Mine. (Matei 10)
Manualul de istorie - clasa a 5-a - Editia 2003
La capitolul "teme practice" autorii ating apogeul indoctrinarii propunand enuntarea unor componente din mesajul crestin. Si totusi e un manual de istorie !!!

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Manualul de istorie - clasa a 5-a, Editia 1991

Imi aduc aminte de manualul meu de istorie din clasa a 5-a... De dragul comparatiei, am cautat si gasit cartea cu pricina care, probabil, avea defectele ei, dar in orice caz, era complet neutra in ce priveste punctul de vedere religios... La inceputul anilor 90 indoctrinarea religioasa nu era nici macar in fasa.


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Prezentarea manualului pe site-ul editurii este de-a dreptul revoltatoare : 
Manualul este aprobat prin Ordinul nr. 4258 din 02.07.1996, în urma ultimei licitaţii organizate de catre Ministerul Educatiei si Cercetarii si este realizat in conformitate cu programa analitica aprobata de MEC. • Modalitatea prin care manualul transmite mesajul formativ este bazata pe asociativitate si interactiune. • Este dominat de urmatoarele principii didactice: - al accesibilitatii cunostintelor; al sistematizarii; al participarii active si constiente a elevului. • Solicita gandirea asociativa, prin analiza comparativa a unor informatii provenite din diferite surse (textul lectiei, fragmentele de opere istorice, atlasul istoric, dictionarul etc.)
Ce sa inteleg de aici ? Daca este "realizat in conformitate cu programa analitica aprobata de MEC" asta presupune ca Ministerul Educatiei si Cercetarii accepta astfel de ineptii ? Cum pot cei care sunt pusi in fruntea tarii datorita votului democratic sa permita excluderea cetatenilor romani care nu sunt de confesiune crestin-ortodoxa ? 

Cum adica "Solicita gandirea asociativa, prin analiza comparativa a unor informatii provenite din diferite surse" ? In 4 pagini consecutive, singurele surse nu sunt impartiale (Biblia, Tacitus, Eusebiu) Copiilor nu li se vorbeste despre Hypatia din Alexandria (ucisa din "dragoste crestina"), despre Iosephus_Flavius (sec. I en) - autorul Antichitatilor iudaice si a Razboiului evreilor. Ce gandire analitica atunci cand temele practice se reduc la intelegerea mesajul crestin ?

Am cautat biografia autorilor pe net. N-am avut sansa sa o gasesc. Probabil ca e la fel de obscura ca si "realizarile" lor. 

Povesti - Când credinta devine ca o haina...


Patriarhul Daniel căruia aşa de mult îi plăcea să fie bine îmbrăcat şi să aibă mereu haine noi,  dădea toţi banii furati de la stat pe îmbrăcăminte.

Nu-i pasa deloc de scoli sau de spitale, la teatru nu se ducea şi nu-i plăcea să se plimbe prin lume, decât doar ca să-şi arate hainele cele noi. Avea un rând de straie pentru fiecare ceas al zilei şi aşa cum se spune despre un patriarh că linge moaste cu popii lui, despre el mereu se spunea că "se îmbracă", asta fiind îndeletnicirea lui de fiecare clipă. 

Oraşul era plin de viaţă. Veneau o mulţime de străini şi odată au venit şi doi pehlivani care se dădeau drept ţesători şi spuneau că ştiu să facă o stofă frumoasă cum nu se mai afla alta. Nu numai că culorile şi desenele erau frumoase, dar ei ziceau că hainele făcute din această stofă aveau şi o însuşire minunată, şi anume că toţi cei care nu erau potriviţi pentru slujba pe care o îndeplineau şi toţi cei care erau proşti de dădeau în gropi nu puteau să le vadă.

- Straşnice haine! s-a gândit patriarhul. Dacă mi-aş face nişte haine de acestea aş putea să aflu care din popii mei inspecteaza bine la orele de religie. Numai decât trebuie să-mi fac asemenea haine. Şi a dat pehlivanilor o mulţime de parale să înceapă să lucreze.

Cei doi şoltici au înjghebat două războaie de ţesut, s-au aşezat şi s-au prefăcut că ţes, dar nu ţeseau nimic. Cereau mătasea cea mai subţire şi fire de aur de cel mai bun, dar băgau mătasea şi aurul în buzunar şi lucrau la stativele goale până noaptea târziu.

"Oare unde or fi ajuns cu lucrul?", s-a gândit patriarhul după ce a trecut o bucată de vreme, dar era cam cu inima strânsă când se gândea că toţi cei care-s proşti sau nu-s pricepuţi la slujbă nu vor putea vedea stofa. În ce-l priveşte pe el, n-avea nici o teamă, totuşi voia mai întâi să trimită pe altul să vadă cum stau lucrurile. Toţi în oraş ştiau ce putere ciudată are stofa şi fiecare era curios să ştie cât de nepotrivit la slujbă sau de prost este vecinul.

- Am să-l trimit pe Pricopie; e om cinstit şi de încredere, el poate mai bine decât oricine să judece stofa, fiindcă e înţelept şi nimeni nu-şi îndeplineşte slujba mai bine ca el.

Pricopie s-a dus în odaia unde cei doi pehlivani lucrau la războaiele goale.

- Doamne fereşte, ce-o mai fi şi asta? s-a gândit Pricopie şi a deschis ochii mari. Nu văd nimic!

Dar n-a spus că nu vede.

Pehlivanii l-au rugat să vină mai aproape şi l-au întrebat dacă-i plac culoarea şi desenul stofei. Şi tot îi arătau stativele, care erau însă goale. Bietul popa holba ochii, dar de văzut nu vedea nimic, fiindcă nu era nimic de văzut. "Oi fi eu prost? se gândi el. N-aş fi crezut; oricum, asta nu trebuie s-o afle nimeni. N-oi fi bun pentru slujba pe care o fac? Nu, nu-i bine să spun că nu văd stofa."

- Ei, ce spuneţi? a întrebat un ţesător.

- Foarte frumos! a răspuns popa şi şi-a pus ochelarii ca să vadă mai bine. Nişte culori minunate! Am să spun patriarhului că-mi place foarte mult.

- Ne pare bine, au zis ţesătorii şi au început să spună ce culori sunt şi ce fel de desen are stofa. Pricopie asculta cu luare-aminte ca să spună patriarhului tot aşa, şi chiar i-a şi spus.

Pehlivanii au cerut şi mai mulţi bani, şi mai multă mătase, şi fir de aur, şi mai mult decât până acuma. Dar le băgau pe toate în buzunarele lor, iar în războaie nu era nici un capăt de aţă, dar ei lucrau ca şi până acum la stativele goale.

Peste câtva timp, patriarhul a trimis pe alt popa, tot aşa de vrednic, ca să vadă unde au ajuns cu ţesutul şi dacă mai este mult până e gata stofa. Dar şi lui i s-a întâmplat ca şi celuilalt: s-a uitat şi iar s-a uitat, însă cum în stative nu era nimic, n-a putut să vadă nimic.

- Ce ziceţi? Frumoasă stofă, nu? l-au întrebat cei doi pehlivani şi i-au arătat şi i-au spus cum şi ce fel era stofa care nu se vedea nicăieri. "Prost nu sunt, se gândi popa. Atunci înseamnă că nu-s bun pentru slujba pe care-o fac! Ar fi ciudat şi asta, dar cum o fi, cum n-o fi, nu trebuie să afle nimeni."

- E foarte frumoasă stofa, a spus el patriarhului.

Tot oraşul vorbea de stofa asta nemaipomenită. Patriarhul Daniel s-a gândit să se ducă s-o vadă şi el cât mai era în stative. A luat cu dânsul toti popii unul şi unul, printre care şi cei doi care mai fuseseră, şi s-a dus la cei doi pehlivani care lucrau din răsputeri, dar fără nici un fir de aţă în războiul de ţesut.

- Ia uitaţi-vă ce frumoasă e! au spus cei doi popi. Ce desen, ce culori minunate! Şi arătau stativele goale, fiindcă credeau că toţi ceilalţi văd stofa şi ei nu. "Ce să fie oare? se gândea patriarhul. Nu văd nimic! Cumplit lucru! Ce, oi fi cumva prost? Nu-s bun de patriarh?"

- Da, într-adevăr, stofa e foarte frumoasă, a spus el cu glas tare; e vrednică de toată lauda!

Şi patriarhul dădea din cap mulţumit şi se uita la stativele goale. Nu voia să spună că nu vede nimic. Toţi popii care erau cu dânsul se uitau şi ei, dar nu vedeau nici ei nimic. Spuneau însă ca şi patriarhul: "O, ce frumos!". Şi toţi l-au sfătuit să se îmbrace cu hainele făcute din stofa aceasta minunată la maslul care tocmai trebuia să aibă loc peste câteva zile. "Minunat, frumos, măreţ!", spuneau toţi şi se bucurau grozav. Patriarhul a dat celor doi pehlivani câte o cruce, ca să şi-o atârne la piept, şi titlul de maestru ţesător al patriarhiei.

În noaptea din ajunul a maslului, cei doi pehlivani nu s-au culcat. Au aprins şaisprezece lămpi şi lumea putea să-i vadă cum lucrau de zor să isprăvească hainele patriarhului. S-au făcut că iau stofă de la stative, s-au făcut că taie cu foarfecele, pe urmă au cusut cu ace fără aţă şi după aceea au spus: "Hainele sunt gata".

Patriarhul a venit cu popii. Pehlivanii au ridicat braţele în sus, ca şi cum ar fi ţinut ceva în mână, şi au spus: "Poftim pantalonii! Poftim haina! Poftim mantia!" şi aşa mai departe. "Hainele sunt uşoare ca pânza de păianjen, spuneau ei, când le îmbraci nici nu le simţi, dar tocmai asta e frumuseţea."

- Da, da, ziceau popii, dar nu vedeau nimic, pentru că nu aveau ce să vadă.

- Dacă prea-sfiintia voastră vrea să se dezbrace, au spus pehlivanii, vă putem pune hainele cele noi chiar acuma, aici, în faţa oglinzii.

Patriarhul s-a dezbrăcat şi pehlivanii s-au prefăcut că-i pun hainele cele noi care tocmai erau gata şi patriarhul se întorcea şi se sucea în faţa oglinzii.

- Ce bine îi vin, ce frumoase sunt! ziceau toţi cei care erau de faţă. Ce stofă minunată! Nici nu se poate ceva mai frumos!

- E gata afară limuzina pentru sfiintia voastră, a spus Procopie.

- Sunt gata şi eu, a spus patriarhul şi s-a mai uitat o dată în oglindă, fiindcă voia să creadă lumea că îşi vede hainele.

Popii, care aveau dreptul să ducă trena mantiei, s-au aplecat, au întins mâinile ca şi cum ar fi ridicat ceva de jos, apoi au pornit prefăcându-se că ţin ceva în mâini; nu îndrăzneau să spună că nu văd nimic.

Patriarhul mergea acum cu limuzina şi toţi oamenii de pe străzi şi de la ferestre spuneau: "Ce minunate haine are patriarhul! Ce trenă straşnică! Ce bine îi vin!" Nici unul nu voia să spună că nu vede nimic; fiindcă atunci lumea ar fi zis că nu-i priceput la slujbă sau că-i prost de dă în gropi. Nici o haină de-a patriarhului nu stârnise atâta bucurie printre oameni.

- Patriarhul e dezbrăcat! a spus deodată un copil.

- Asta-i vocea nevinovăţiei! a zis tatăl copilului şi a spus în şoaptă altora ce vorbise copilul.

- E dezbrăcat! a strigat tot poporul.

Patriarhul a auzit şi i s-a părut şi lui că poporul are dreptate, dar s-a gândit: "Acuma nu mai pot să dau înapoi, trebuie s-o ţin întruna aşa cum am început". Şi popii au mers înainte şi au dus trena pe care n-o vedea nimeni fiindcă nu era nici o trenă.

vineri, 11 noiembrie 2011

Laicitate - Logica bisericii creștine


Când exegeții religioși intră la ora de logică, circul și pâinea sunt asigurate. Circul pentru auditoriu, pâinea pentru exegeți. Dramaturgia religioasă este o artă în sine, mai ales la capitolul tragediei, cel puțin așa susțin prelații în chestiune, numai că, în arenă, tragedia lasă locul comediei, râsului și ironiei. Astfel, un Lup bătrân, cu o barbă albă explică zelos în ce situație trebuie să facem apel la logică :

"Argumentum ad baculum este numele latin al "argumentului" care apelează la forţă mai degrabă decât la raţiune sau dovezi. Acesta a fost şi este un fals logic folosit fără perdea în istorie de către autorităţile laice şi religioase."

- Gura păcătosului adevarul grăiește ! zisei eu bufnind în râs.

Lupul se uită lung la mine, rânjește și își arată colții. 
"Evreii care îşi mărturiseau deschis credinţa în Isus erau ameninţaţi de conducătorii religioşi cu excomunicarea." Adauga el mandru.

- Și biserica ortodoxă română ce face când le spui că nu mai crezi în basmele lor ? Te aplaudă sau te amenință cu focul etern ?

Lupul mârâie, se smiorcăie, îmi întoarce spatele și se adresează piticilor Albei ca Zăpada : "Biserica creştină de mai târziu (catolicii şi ulterior unele mişcări protestante) şi-a impus şi ea dogmele cu ajutorul forţei. Inchiziţia este un exemplu bine cunoscut." 

- Exacțiunile voievozilor ortodocsi români din evul mediu nu intră în calcul ? Rugurile aprinse în numele credinței, țepele trase musulmanilor și tortura aplicată pe vrajitoarele acelor vremuri nu erau oare opera bisericii ortodoxe ? 

Lupul mârâie din ce în ce mai mult. Își dă ochii peste cap și scoate la iveală o sumedenie de ticuri nervoase.

- Vroiau să ne fure țara, să ne îndobitocească ! zbiara el disperat. Dacă mai zici ceva, te mănânc cu scufița cu tot ! 

- Deci acum nu mai explici argumentum ad baculum, îl aplici direct...

Lupul bătrân face o mătanie, îmi aruncă o anatemă și se duce bosumflat să-și regăsească strana... Un alt lup, mai tânăr, apare în arenă ca să ne vorbească despre Argumentul mulțimii, ad populum.

"Acest sofism implică apelarea la "popor" mai degrabă decât la raţiune. Acordul la concluzie este câştigat nu prin oferirea de argumente valide, ci prin stârnirea sentimentelor mulţimii. În viaţa  modernă, propagandiştii, demagogii, politicienii şi cei ce se ocupă de reclame fac mereu acest tip de apel." Zice el mândru ca un păun. "Popularitatea sofismului ad populum poate fi atribuită spiritului de turmă. Oamenii au tendinţa să se strângă în jurul a ceea ce este confortabil şi familiar. În sufletul lor rezidă nevoia de a fi "ca ceilalţi" şi aceasta îi face să accepte tirania culturii şi înţelepciunii convenţionale. Cât de puţini sunt cei care au încredere în integritatea propriei conştiinţe şi judecăţi când acestea sunt nepopulare!"

- Câtă justețe din partea voastră ! zic eu ironic, când vine vorba să vă criticați adversarii. Dar v-ați uitat la voi, de câte ori ați invocat argumentul mulțimii ca să vă consolidați pozitia ? Dacă îmi aduc bine aminte, la ultimul recesământ ați făcut exces de zel populist. 

Lupul își arată colții, mârâie și continuă :

- Dacă toată lumea vorbeşte la unison, dar contrazice adevărul, acesta nu este alterat. A fi impresionat de numere sau popularitate mai mult decât de adevăr, înseamnă a gândi ilogic. Iată un alt exemplu : Isus a fost "adevărul” (Ioan 14:6), şi totuşi a murit părăsit de toţi.

- Cum poți să-mi demonstrezi logic că Isus a fost "adevărul" ? 

- De mii de ani creștinii au crezut în Isus Cristos. Creștinismul trebuie să fie adevărat din moment ce au rezistat atât timp în fața persecuțiilor, zice el serios.

- Este încă o eroare logică ceea ce spui tu. Nu înseamnă că un lucru este corect numai prin simplul motiv că este vechi. Cât despre persecuții, tocmai vorbirăm mai devreme. Parcă persecutorii au fost mult mai numeroși de-a lungul timpului în clanul creștin decât în cel advers... Și ca să continui șirul definițiilor pe care vă strofocați să le evocați cu atâta fervoare și exemple biblice, tipul acesta de eroare se numește Argumentum ad antiquitatem.

- Isus e adevărul ! E scris în biblie. Biblia e adevărată. Nimeni nu poate demonstra contrariul. Demonstrează-mi tu că e falsă ! 

- Încă o eroare logică : Acum vroiai să dai un exemplu de argument prin ignorare sau să-l aplici pur și simplu ? Biblia e o carte de povești scrisă de o mână de exegeți ca tine care n-au fost niciodată satisfăcuți de propria lor "operă". Mai faci și mutare a răspunderii dovezilor. De ce ar trebui să-ți demonstrez eu că e falsă ? Tu afirmi că e adevărată, dar ești în imposibilitatea de a-mi demonstra veridicitatea ei. 

duminică, 6 noiembrie 2011

Laicitate - Castelul de carti




Hoinărind în padure, pe poteci strâmte și prin poienițe abandonate, am găsit un loc fără seaman. Un castel îngropat în turbă ! Un castel de cărți ! Mii, zeci și sute de mii de cărți înghesuite în ziduri subterane, scări înfundate, catacombe... 

Erasme, Montaigne, Gassendi, Charron, Bayle, Hobbes, Ferreira... mucegăiți, afumați de timp, înegriți de uitare. Nume ciudate auzite demult, când bunica, într-un exces de luciditate și delir psihotic, le înșira pe acatistul lupului semnându-și astfel apostazia... Democrit, Aristotel, Epicur, Protagoras, Lucrețiu, Spinoza, Meslier, Holbach, Hume, Bentham, Mill...

Am cules o carte la întâmplare. Pe copertă, figura un detaliu din "Lupta lui Iacob cu îngerul" a lui Delacroix. Michel Onfray – "Tratat de ateologie". Am deschis cartea și am început să citesc cu voce tare :

« Trebuie să existe un premergător, un inventator, un nume propriu, ca o bornă despre care putem afirma : iată primul ateu, cel care susține inexistența lui d-zeu, filozoful care gândește, o afirmă, o scrie clar, net, fără inflorituri, și fără multe sub-înțelesuri, fără o infinită prudență și fără interminabile contorsiuni. Un ateu radical, adevărat ! Chiar mândru. Un om al cărui devotament, dacă aș putea spune așa... - nu se deduce, nu se cântărește, nu  procedă din ipoteze întortochiate de niște cititori la vânătoarea unui început de probă de culpabilitate »

- Îți place ? zise o voce stridentă care venea de undeva din spatele unui morman de cărți.

Am tresărit. M-am întors și, în fața mea, stătea un spiriduș cocoșat, spân, cu ochii roșii și sclipitori ca două lămpi cu petrol. 

- He, he ! Tu știi măcar ce înseamnă « ateu » ? 
- Normal ! Cel care nu crede în d-zeu ! am zis eu ironic. Habar n-ai tu de câte ori m-am certat eu cu lupii... 

Spiridușul a surâs. « Cearta nu presupune neapărat ateismul. Poți fi numai anticlericală. Ateismul neagă existența lui d-zeu, anticlericalismul suspendă judecata sa și nu implică ireligia, el vrea numai să restabilească frontiera religiei.»

- Păi sunt și anticlericală !
- Bine, bine ! Dar tot nu știi ce înseamnă ateu... Ateu e un termen relativ !

Mă uit la el mai să-mi iasă ochii din orbite. 

- Cum așa, relativ ? Ateu înseamnă să nu crezi în existența unei ființe imaginare, să-i negi existența.
- Prefixul ά privativ al termenului indică o calificare negativă fără nici o altă precizare și poate fi aplicat la tot ce e lipsit de d-zeu și la tot ce e în afara comunității religioase. Însă, în funcție de conjunctura în care apare, accentul său negativ poate fi îndreptat asupra unei semnificări intelectuale de necredință sau asupra unei semnificări sociale de excludere, zise el dintr-o bucată. 

Se opri, respiră îndelung și continuă :

- Pentru a-i întelege diversele utilizări de-a lungul istoriei, merită notat faptul că termenul nu include nici un verb, deci nu implică direct o acțiune ci, mai degrabă, o stare sau o descriere. Însă, în functie de context, el poate subînțelege mai multe verbe cum ar fi « a crede », ateul este acela care nu crede în existența lui d-zeu. « A nega », o doctrină este atee atunci când neagă existența lui d-zeu. Așa cum ai zis și tu. Însă, în anumite cazuri, ar trebui să subînțelegem un verb pasiv, ateul fiind o ființă abandonată de d-zeu, un blestemat sau un adversar al religiei, un antiteist. Dar mai e și « a venera », ateul era acela care refuza să venereze zeii sau să le accepte cultul, însa verbul a venera nu implică neapărat și « a nu crede ». Poți foarte bine să crezi, dar să nu vrei să venerezi. În cazul acesta, e vorba de un ateism relativ. De exemplu, Iosif Flaviu se plângea că păgânii tratau evreii de « atei și mizantropi » ( Contra Apion, II, 148). Ignatie de Antiohia considera păgânii ca fiind atei (Epistola către Tralieni, III, 2) și avea aceeași opinie față de ereticii doceti. Același ateism relativ îi suscita milă față de păgâni lui Pavel în Epistola către Efeseni. « De aceea, aduceţi-vă aminte că, odinioară, voi, păgânii cu trupul, numiţi netăiere-împrejur de către cei numiţi tăiere-împrejur, făcută de mână în trup. Eraţi, în vremea aceea, în afară de Hristos, înstrăinaţi de cetăţenia lui Israel, lipsiţi de nădejde şi fără de Dumnezeu [atheioi], în lume » (Ef. II, 11-12). Aici nu e vorba de o absență de credință religioasă la acei păgâni, ci de lipsa lor de statut sau drept de citadelă în fața comunității. La timpul respectiv « religie » și « ireligie » însemnau mai degrabă « pietate » și « impietate ». Religia era un ansamblu de acțiuni ritualice care nu punea un accent important pe faptul că oamenii credeau sau nu. Ceea ce conta pentru comunitatea religioasă erau respectarea și realizarea ritualului din care emana justiția divină. Ori violarea religiei însemna ofensarea justiției divine. Conceptul de « credință » (cu opusul său « necredință ») nu este un concept religios, ci un concept filozofic regăsit la apologeții care încercau să argumenteze rațional necesitatea religioasă. Noțiunea de « ateism » ne îndeamnă să ne întrebăm asupra semnificațiilor religioase ale negației. Care este, de exemplu, diferența dintre un mistic (cel care neagă reprezentările divinității) și un ateu (cel care neagă existența divinității) ? Pentru sfântul Augustin, negarea existenței divine este imposibilă ( ateul ar fi deci un mistic ratat, un « smintit »), dar pentru David Hume, dimpotrivă, misticul ar fi un « adevărat ateu » însă nedeclarat. Negarea poate fi verificată atunci când opune contradictoriu adevărul și falsul. Pentru a-i da negației funcția sa logică, necesară raționamentului, trebuie să substituim gândirii globale de sentimente colective, o gândire analitică și argumentativă. Astfel, negarea ne constrânge la analiză, deci implicit, la stivuirea inteligentă a celulelor logice care vor constitui în final sistemul nostru argumentativ. 

Spiridușul se apleacă și luă o carte. « Memoriile gândirii și sentimentelor lui Jean Meslier ». 

- Uite o carte care explică sensul profund al negației și de ce ateul neagă existența lui d-zeu. Jean Meslier a fost un preot care a trăit pe la începutul secolului XVIII. Toată viața lui a fost un slujitor al bisericii și un ateu ascuns. La vremea respectivă, afirmarea explicită a ateismului era pedepsită cu moartea, de aceea opera sa nu a fost publicată decât postum. În cartea asta, Meslier explică faptul că religiile sunt invenții umane; devotamentul și credința oarbă sunt principii eronate, iluzii și imposturi. El demonstrează falsitatea « pretinselor viziuni și revelații divine ». Explică erorile doctrinei creștine și cum morala creștină autorizează abuzurile și tirania puternicilor asupra slabilor. Argumentează în favoarea falsității existenței divine și a ideii de nemurire a sufletului. Bine-înteles autorul vizează religia catolică cu d-zeul, preoții, călugării, profeții și scrierile lor, critică puterea epocii :  prinți, regi, împărați, tirani și nobili, dar și paraziții diverși care gravitau în jurul religiei : notarii, avocații, judecătorii, legislatorii, perceptorii, tăranii generoși și proprietarii bogați. Explică săracilor și exploataților cât de îndoctrinați au putut fi. Distruge ca să construiască mai bine ideea că ateismul nu este un sfârșit ci un mișloc. Aspiră la o gândire post-creștină, la o etică hedonistă și libertară, la o politică comunalistă și internaționalistă. Meslier e poate primul adevărat filozof care a știut să-și exteriorizeze gândirea atee. Alții i-au urmat pașii : Nietzsche, Russell, Onfray... În cartea lui Meslier, ateismul și anticlericalismul sunt strâns legate. Ateismul e manifestarea personală a gândirii, anticlericalismul e actiunea, militantismul care îți permite să trăiești liber, fără constrângeri leguitoare de factură religioasă. Dacă religia ar evolua numai în sfera privată, anticlericalismul nu ș-ar mai avea rostul. Anticlericalismul nu este decât o reacție de apărare în fața exacțiunilor și dominației bisericii. Într-o societate dominată de religie, a fi ateu conduce la anticlericalism care, implicit, promovează laicitatea, însă această înlănțuire de opinii și reacții, impune din oficiu o radicalizare a societății și poate creea conflicte sociale și politice, mai ales când grupul ateu e într-o minoritate imperceptibilă. Cel mai elegant mod de a obține laicitatea nu este afirmarea expresă și ostentatorie a ateismului, ci atacarea punctuală a dominației religioase în domeniile publice. Iar când e vorba de spațiul public, mulți dintre cei oprimați vor reacționa când « pâinea lor cea de toate zilele » le-a fost furată de tocmai instigatorii rugăciunii « de pâine » zilnică. 

marți, 1 noiembrie 2011

Scufita pamfletara - La ciuperci...

Zi frumoasa de toamna. Zi cu soare, ciuperci cat cuprinde, mai ales alea psilosibe care de-abia au aparut azi dimineata. Imi iau cosuletul si tusti pe carare la cules minunatiile naturii din care bunicuta o sa-mi prepare delicatese pentru iarna. Merg eu ce merg si, la marginea poienei, pe cine vad ? Pe lup ! Cocotat pe o butuga, hirotonositul tinea ditamai predica in fata piticilor Albei ca Zapada care zacea intr-o balta albuie si slinoasa, aproape inchegata. Cand am vazut-o pe stricata asta, m-am gandit imediat ca piticii si-au facut iar de cap cu ea si l-au uitat pe Lup. Probabil de-aia e asta atat de ofuscat... Ma apropii tip-til si trag cu urechea...

"Nu oamenii pot stabili ce este pacat si ce nu este. Dumnezeu, Cel care a facut cerul si pamântul, ne descopera care este calea pe care trebuie sa mergem." zice Lupul mandru ca un paun jupuit. 
Cum n-am stare, ca de obicei, ma bag si eu in discutie :
"Si cum afli asta, Lupule ? Il suni pe sef?"
Asta se intoarce si cand ma vede, mai sa cada de pe buturuga. 
"Domnul dumnezeu ne-a scris cartea lui sfanta ca sa ne ghidam dupa ea."
Un pitic, parca Piticot, bufneste intr-un ras isteric. "Pai n-a scris-o el ! Deci e facatura !"
"Facatura esti tu, bai limbricule !" zbiara Lupul disperat. "Uite ce i-ati facut bietei Alba ca Zapada ! Rusine sa va fie !"
Bine-înteles ca stricata asta de Alba ca Zapada inca geme si se ranjeste la noi. "Lupule, zice ea scrâsnind printre dinti, da si tu dovada de bun simt. Vino sa te scarman !"
Lupul se face ca n-aude si isi continua predica : "Poate ca daca pe lumea cealalta singura desfatare ar fi cea sexuala, atunci Biserica i-ar îndemna pe oameni sa cunoasca toate perversitatile cu putinta pentru a se antrena pentru vesnicie. Numai ca pe lumea cealalta cei care s-au îndeletnicit cu perversiunile sexuale sau cu alte pacate nu vor vedea lumina la care au fost chemati. Vor ajunge în iad."
Piticii sunt in extaz. Au bufantii umfati si ochii dilatati, fixati pe Alba ca Zapada care continua sa geama de parca i-ar fi luat foc toata ograda pasareasca.
Lupul gesticuleaza, isi netezeste patrafirul si freza, dar degeaba. Patrafirul se scoala, freza se scoala, lupul se scoala si sare pe Alba ca Zapada.
Ce sa mai, poiana s-a transformat in arena de Capoeira, iar piticii bat cadenta.
"Baaaa, nesimtitilor !" se aude o voce ragusita venind de undeva de departe. 
Ma intorc si inlemnesc. "Saseeee! Bunica !"
Piticii dispar, Alba ca zapada se sterge la gura, Lupul isi netezeste patrafirul si freza, dar degeaba, patrafirul se scoala, freza se scoala, lupul se scoala... 
Bunica incepe sa-l bata cu dildo si sa-l injure pe arameica si sa-l blesteme, ceva de genu' : Te blestem pe tine, incepatorul rautatilor si al hulei, capetenia impotrivirii si urzitorul vicleniei. Te blestem pe tine cel aruncat din lumina cea de sus si surpat pentru mandrie in intunericul adancului. Duceti-va de la Mine, blestematilor, in focul cel vesnic, care este gatit diavolului si ingerilor lui." Dupa care, sta un pic si se gandeste : "de fapt, lupule, te invit la un ceai de izma..."

Atlas zooortodoxologic - Credolina


Credolina este un alcaloid natural care constituie principiul activ al popimilului (Prelatus ortodoxii). 
Credolina (β-tridexus-3, 4, 5 senil-anafuramina) a fost utilizată ca halucinogen începând cu secolul al 2-lea e.n. Molecula de credolină are o structură similară cu cei doi hormoni secretați de glandele suprarenale, adenalina și noradrenalina care sunt niște catecolamine jucând un rol în transmiterea influxului nervos și în funcționarea sistemului nervos. 
Activitatea credolinei se explică printr-o idolizare a realității și implicarea ei în procedeul biologic de regulare a funcțiilor psihice. Cei trei atomi adiacenți de sfântuduhygen de pe nucleul benzenic al moleculei par a fi indispensabili activității sale halucinogene, de unde și apelativul de trinitas-credula.

Experimental, credolina nu este activă decât după 2-3 ore de la înghițire, dar efectul său poate dura până la 24 de ore. Manifestările halucinatorii variază de la un individ la altul. De exemplu, luarea dozei într-un mediu înfumat cu fum de lumânare și tămâie poate mării efectul la cel putin 48 de ore. În schimb, dacă credolina este administrată anal, în timpul unei procesiuni necrofile, efectul ei se poate prelungi până la 5-6 zile. Aviz speciei babeenstranum și habotnicus popis. 

joi, 20 octombrie 2011

Laicitate - Ce inseamna toleranta...





Toleranta este oare o stare de spirit, un act de empatie, o supunere, o acceptare ? Bernard GUILLEMAIN, profesor emerit la Universitatea din Rouen redeseneaza definitia cuvantului toleranta astfel :




"Si l'on groupe sous le nom de tolérance un ensemble complexe de conduites qui comportent simultanément une appréciation négative d'une situation ou d'une démarche et la suspension de la répression de ce qui est jugé mal, on s'en forme une notion suffisante pour la vie de tous les jours. Dans les sociétés pluralistes du XXe siècle, suspendre les conséquences d'une évaluation défavorable passe aisément pour une sorte de vertu. Bizarre vertu qui, sans même tenter une transmutation axiologique, prend la défense de ce qui est reconnu en même temps comme une erreur ou comme un vice ! Si le bien consiste à protéger le mal, à le supporter, à collaborer avec lui, n'y a-t-il pas quelque part contradiction ou lâcheté ? On répondra que la tolérance met en jeu deux sources d'évaluation. Par exemple, la morale, en général, condamne l'adultère ; or l'adultère est à ce point répandu que le poursuivre ou seulement le réprouver ouvertement entraînerait dans la vie courante d'interminables conflits et interdirait beaucoup d'échanges ; on s'abstiendra donc, en fait, du moindre jugement, même si cette abstention affaiblit le précepte ou en favorise la transgression. Tout se passe comme si l'on admettait, à côté d'une raison morale, une raison sociale. Ni Alceste ni Kant ne seraient d'accord.
On va donc être amené à limiter le scandale en le soumettant à des conditions strictes, même si elles sont rarement énoncées. On admettra la tolérance dans des domaines où les enjeux d'une dispute sont très grands et où le désaccord peut paraître secondaire. À la fin du XVIe siècle, l'enjeu était la poursuite ou l'arrêt des massacres, le désaccord dogmatique ne semblait pas secondaire. De là une tolérance boiteuse. Il faut nécessairement ou bien affadir le principe ou bien mépriser l'autre puisqu'on consent à le laisser dans l'erreur.
La tolérance, toute souhaitable qu'elle paraisse, s'inscrit dans une notion contradictoire. Il est bien difficile de croire que nous puissions en avoir une idée si nous donnons à ce mot sa pleine force : essence immédiatement saisissable par l'intuition. Il n'est même pas certain que l'on puisse en former à bon droit un concept si par concept on entend une représentation univoque, susceptible d'être figurée par une définition exhaustive. On doit tout de même s'y efforcer. Pour cela, la manière dont se pose le problème engage à l'aborder par la mise en œuvre sociale de la tolérance et à n'en venir qu'ensuite à spéculer.

1. La tolérance : remède ou masque de la haine
Un rapide examen des faits historiques conduit à des remarques désolantes. Quelle que soit la bonne foi des acteurs, les tentatives pour faire accepter les différences de l'autre n'effacent pas l'agressivité ; elles en déplacent quelquefois l'objet, mais bien souvent en l'exaltant. Les contradictions de la notion se retrouvent dans les démarches et les événements. Cela incite plus à suivre le pessimisme d'une psychologie des profondeurs qu'un rationalisme béat.
• La prétendue tolérance des Romains
À lire certains historiens du XIXe siècle, il semblerait que les Romains eussent pratiqué spontanément la plus aimable tolérance. Vertu tout à fait inconsciente alors, puisque le latin ne contient aucun mot qui traduise le nôtre : tolerantia n'indique que l'aptitude à supporter des désagréments corporels et Cicéron nous exhorte tout juste à souffrir les taquineries et les défauts de notre entourage par patientia. Louange inattendue à l'égard d'un peuple qui, de 70 à 313, a persécuté les chrétiens avant de se convertir, de tuer Hypatie et d'exiler Damaskios. Alors quel contenu attribuer à leur « tolérance » ? Avant tout deux choses : les Romains ne se préoccupaient pas de métaphysique et ils accueillaient volontiers les divinités étrangères. Le premier point est vrai : toute tentative de pénétrer l'absolu soit par le discours, soit par la mystique était rejetée comme superstitio ; le second est vrai aussi : le laraire de Julia Domna comptait plus d'effigies que l'album d'un philatéliste. Seulement, l'indifférence parfois ricanante des Romains ne les préservait pas de trembler à l'approche imaginée d'un numineux impur et de s'en préserver en multipliant les rites civiques et les rites propitiatoires, en multipliant aussi les dieux auxquels sacrifier. Malheur à ceux qui ne sacrifiaient pas avec la masse ! On n'arrange rien en relevant qu'il n'y eut de persécutions systématiques que celles de Trajan Dèce et de Galère, en expliquant les martyres de Pothin, d'Irénée, de Blandine, par des mouvements populaires locaux : l' intolérance ne provenait donc pas d'une décision politique transitoire, elle était ancrée dans le cœur du peuple.
Comment des historiens intelligents, sérieux, bien informés, armés de méthodes affinées ont-ils pu s'abandonner à ces calembredaines anachroniques ? Comment Renan a-t-il pu voir un doux ami de la raison en Marc Aurèle, crédule, opiniâtre et entiché de sorcellerie ? La réponse est aisée : très hostiles à l'exclusivisme chrétien qu'ils taxent d'intolérance, ces graves positivistes ont dissimulé leur propre intolérance derrière un fantôme de tolérance, dont le modèle n'a jamais eu aucune existence. Faute vénielle sans doute... sauf chez des savants. Que de fois la tolérance vécue renvoie-t-elle à des échos fantastiques de l'intolérance !
• L'édit de tolérance
La tolérance ne joue vraiment le rôle d'une vertu que depuis le XVIe siècle : il a fallu pour cela d'abord une cassure de la société religieuse telle que deux théologies ont été ressenties comme incompatibles ; ensuite, une croissance du pouvoir politique qui a fait que la conservation des États a pu paraître souhaitable, quelles que soient les divisions confessionnelles. L'association traditionnelle d'un principe religieux de coalescence et d'une organisation étatique conduit au principe cujus regio ejus religio dans des unités territoriales restreintes ; dans des unités plus vastes, où les Églises rivales se juxtaposaient, il a fallu l'abandonner pour mettre à la place un principe de coexistence.
La lassitude des combattants a changé le 13 avril 1598 en jour de victoire pour la tolérance. L'édit de Nantes figure en effet un succès des « politiques », c'est-à-dire de ceux qui plaçaient l'État au premier rang des valeurs. Premier à avoir eu des suites durables, l'édit de Nantes n'était cependant pas le premier en son genre. On ne peut donc pas attribuer à l'improvisation ni à l'impéritie des rédacteurs les défauts du document, charabia désordonné, répétitif, obscur. Il ne vise – on s'en persuade aisément à la lecture – qu'à rétablir la paix, sans assigner aucun contenu représentatif aux relations sociales rétablies. La tolérance s'y limite à une coexistence pacifique – ou plutôt non belligérante – entre des communautés éventuellement ennemies et – cela est prévu expressément – qui ne désarment pas. L'État demeure catholique romain, puisque c'est une loi fondamentale intangible que le monarque doit appartenir à l'orthodoxie. La liberté des cultes est établie, mais avec des restrictions (ainsi les protestants parisiens ne peuvent célébrer qu'à Charenton, ce qui peut n'être qu'une mesure d'ordre public), surtout, elle n'est pas immédiatement garantie par l'État, elle l'est par des abandons de souveraineté : les protestants disposaient d'une centaine de places fortes et ils ne pouvaient être jugés que par des tribunaux mi-parties !
On ne se scandaliserait que par anachronisme : l'édit de Nantes aurait pu être le début d'une paix formée de relations habituelles. Mais c'est une erreur que d'y voir l'esquisse d'une France dualiste : la collaboration de deux partis au Conseil, marquée par l'ascension de Sully, cessa dès l'assassinat d'Henri IV, sans doute devenu indifférent après six abjurations... L'application stricte de la loi qui exigeait partout le rétablissement du catholicisme explique la campagne de Louis XIII, en 1620 au Béarn, et implique au fond l'édit de Fontainebleau.
• Tolérance et tolérantisme
Bossuet n'a pas conseillé la révocation de l'édit de Nantes. Au lendemain du 15 octobre 1685, il l'a faiblement approuvée. Dans son diocèse de Meaux, il l'a appliquée si mollement qu'il devint suspect aux yeux de certains évêques. Pourtant, il a énoncé très clairement les principes d'une intolérance fondamentale, par exemple dans la préface à l'Histoire des variations des Églises protestantes, où il s'affirme fièrement partial, ou dans le sixième desAvertissements aux protestants où il condamne moins la Réforme dans sa doctrine que comme source de tolérance, ou encore dans plusieurs mandements pastoraux. L'argumentation, éparse, joue sur le plan théorique : seule la vérité mérite le respect ; or la doctrine catholique est la vérité : elle seule mérite donc le respect. Sur le plan moral et pastoral, tout homme a été créé en vue du salut ; or la vérité catholique est seule salvatrice : on manquerait donc au devoir et à la charité en admettant l'hérésie ou l'incroyance. Sur le plan politique, enfin, l'unité de croyance est nécessaire à la cohésion de l'État. Cette position – qui n'exclut pas l'appel au bras séculier, même si Bossuet préférait la discussion – repose sur quelques axiomes cachés : 1. La vérité est unique ; 2. et elle est toujours ce qu'elle est (il n'y a pas de sens anagogique) ; 3. quelles que puissent être les fautes éventuelles, il n'y a pas de distance justifiable entre la connaissance et l'action.
Ces trois thèmes définissent un exotérisme radical et, sur le plan de l'exotérisme, on ne peut ni amoindrir ni détourner, sans contradiction, la position de Bossuet.
C'est ce qui confère un délicieux parfum de mauvaise foi au plaidoyer de Voltaire en faveur de la tolérance. Dans le Dictionnaire philosophique, il feint que la tolérance s'identifie à l'indulgence, ou à la patience avec laquelle nous supportons les incommodités apportées par autrui ! Et certains esprits religieux condamnent la tolérance comme s'il s'agissait du tolérantisme, qui est indifférence à la vérité. Seulement, si Voltaire joue sur les mots, son jeu est gagnant. La crise qui a suivi l'exode des protestants a fait pressentir une solidarité indépendante des croyances. Les polémiques théologiques qui n'en finissent pas, avec des à-côtés de mauvais goût, affaiblissent dans certains milieux l'adhésion religieuse.
Peut-être faudrait-il signaler aussi la croissance, au XVIIIe siècle, de la franc-maçonnerie. Mais la tolérance maçonnique offre un caractère ambigu. Dans Le Symbolisme maçonnique traditionnel (éd. A.B.I., Carqueiranne, 1976), Jean-Pierre Bayard la rattache tantôt aux nécessités du travail en équipe (p. 45), tantôt à la quête illimitée de la vérité (p. 55). Humanisme ou ésotérisme ? Il faut choisir.
• Métamorphoses de la tolérance, masques de la violence
Au XIXe siècle, la tolérance a partie gagnée, du moins si nous nous en tenons aux discours officiels. On s'étonne pourtant du flou de la notion, des uniformes variés qu'elle revêt pour commander des conduites toujours incertaines, des effets pervers sans cesse émergents. Après la promulgation des articles organiques, la pacification religieuse paraissait acquise. Le patriotisme révolutionnaire enseignait à vivre une vie sociale sans heurts : « O patrie ! O concorde entre les citoyens ! »
On s'étonne alors de la dureté, de la cruauté de certaines expériences, situations, conditions. Les institutions permettaient en principe la discussion et la négociation. Pourquoi, alors, tant d'émeutes et de révolutions ? Une société globale de plus en plus diversifiée et en même temps de plus en plus condamnée à la solidarité par l'expansion industrielle opte pour une idéologie de la tolérance. Idéologie de la douceur ou idéologie doucereuse ?
Le libéralisme impliquait-il l'attitude soupçonneuse des « gens bien » à l'égard des ouvriers volontiers regardés comme potentiellement ivrognes ou proches de la délinquance ? La laïcité est déjà adoptée par Jules Ferry comme une arme contre le christianisme : selon la doctrine de Comte, les religions monothéistes préparent l'avènement du positivisme. L'effet tardant et la foi s'émoussant, elle devient le nom d'une haine fanatique contre les « curés ». L'antiracisme – d'ailleurs mal nommé puisque l'intolérance qu'il combat vise moins les différences de race que les différences de culture – incite moins à la convivialité (« Asseyons-nous et prenons un verre ») qu'à combattre des « racistes » vrais ou supposés.
La tolérance ou plutôt les tolérances seraient-elles de toute manière à considérer comme les masques hypocrites d'une agressivité ? Ou plutôt l'incertitude sur la valeur, malgré son utilité contingente jamais démentie, ne sécuriserait-elle qu'insuffisamment contre les menaces de l'autre, contre la peur suscitée par la perte des rites coutumiers ?

2. L'impossible concept de tolérance

La notion de tolérance sous tous ses déguisements paraît sans force et même sans consistance. Il faut donc essayer de la dépasser, d'en faire un concept, encore que le flou du point de départ soit d'un mauvais augure. Il est facile d'écarter certaines acceptions du terme, de toute évidence étrangères au présent propos : nous ne parlerons pas de la patience avec laquelle il nous arrive d'accepter une lésion à nos commodités légitimes ou à nos droits, encore moins de l'écart permis légalement à des mesures numériques fixées. Et la sympathie que je puis éprouver, par exemple, pour la pensée des soufis en tant qu'expression d'une vérité transcendante ne peut pas être appelée tolérance puisque, mes propres opinions ou conduites relativisées par référence à une instance plus haute, nous sortons du domaine exotérique. On appellera donc tolérance une ligne de conduite qui consiste à laisser à autrui la liberté d'exprimer des opinions que nous ne partageons pas et surtout de vivre conformément à des principes qui ne sont pas les nôtres. Goblot, dans son Vocabulaire philosophique, proposait une définition que loue Lalande : la tolérance consisterait « non à renoncer à ses convictions ou à s'abstenir de les manifester, de les défendre ou de les répandre, mais à s'interdire tous moyens violents, injurieux ou dolosifs ; en un mot, à proposer ses opinions sans chercher à les imposer ».
Un pareil énoncé semble à peu près privé de sens. D'une part, nous avons appris à discerner la violence sous les dehors les plus bénins ; d'autre part, nous ne saurions plus accepter cette scotomisation de styles de vie ou d'actions prescrites derrière des opinions. Un préjugé positiviste voulait que la morale, à la différence de la religion qui divisait, fût universelle. La religion, du reste, divisait de moins en moins. Mais la tolérance exigerait encore que le droit autorisât les résidents de tradition polygamique à contracter mariage avec plusieurs femmes. Il est douteux qu'une proposition de ce genre reçût bon accueil. On regardait obstinément derrière soi les luttes religieuses sans voir pointer les conflits de mœurs.
On est frappé de voir les habiles sinon se satisfaire de propositions inconsistantes, du moins passer outre et, faute d'une définition valide, aborder hâtivement le problème du fondement. Au milieu d'interjections pieuses et moralistes, se déploient des discours à peu près vains. Jacob, dans Devoirs (chap. II), invoque la nécessité d'un consensus dans une société pluraliste et organique, ce qui traduit une contingence en style durkheimien, et affiche une sorte d'agnosticisme plus ou moins néo-kantien, ce qui supprime la question. Bastide (Traité de l'action morale, t. I, pp. 27-33) condamne le dogmatisme, conformément à l'inspiration du spiritualisme des années cinquante, pour qui la vie de l'esprit est par essence mobilité et novation, refuse pourtant d'appuyer la tolérance sur le scepticisme et laisse le problème s'évaporer. Enfin, il serait inutile de parler d'une réserve devant des intimités singulières, puisqu'il s'agit d'admettre ou non des traductions sociales et qu'en outre on commettrait une pétition de principe.
Plus stupéfiant encore le désarroi dont témoigne le célèbre Vocabulaire technique et critique de la philosophie de Lalande : les rédacteurs et l'aréopage constitué par la Société française de philosophie étalent les signes du parfait affolement. Un cinquième du texte est consacré aux questions de définition, quelques lignes seulement à l'élucidation du sens ; tout le reste de l'article est occupé par la critique. Comment comprendre qu'une aussi noble exigence soit désignée par un si vilain mot ? Par un terme qui stigmatise en même temps qu'il protège ?
Un faux-fuyant serait de rattacher la difficulté ici rencontrée à la polysémie du mot attestée par la foule des antonymes, comme intolérance, fanatisme, dogmatisme, autoritarisme, etc. Mais les sages du Vocabulaire... de Lalande sont aveuglés par leur timidité. Ils n'osent pas tenter la réduction conceptuelle parce qu'elle aboutirait nécessairement à une contradiction. La tolérance désigne la conduite par laquelle la loi autorise ce qu'elle interdit, la valeur négative est déclarée positive, la non-valeur prend la place d'une valeur. On ne doit pas alléguer qu'il ne s'agit pas de respecter les erreurs ou les fautes, mais de respecter ceux qui les commettent. Étonnant respect qui abandonne autrui à la fausseté et au mal ! On ne peut pas construire une définition non contradictoire de la tolérance.
Au fond, c'est ce que ressentait sans l'avouer l'un des opinants, Frank Abauzit : « Quant aux esprits ordinaires, si vous leur prêchez la tolérance pure et simple, avec de bons raisonnements à l'appui, si vous parvenez même à leur montrer qu'il y va de leur intérêt, vous aurez fait d'excellente besogne » (in Lalande, p. 1112). Mais que sont ces bons raisonnements ? Ces considérations de prédicateur n'ont pas leur place dans un livre de philosophie.

3. Une idée sans concept pour fonder la tolérance

Il n'y a pas d'idée de tolérance si par là on entend un concept susceptible d'une définition non contradictoire. Mais peut-être saura-t-on découvrir une idée d'un autre ordre, susceptible de fonder les diverses conduites enveloppées dans le flou de la notion. Une idée qui ressemblerait à celle, pascalienne, de la vérité, « invincible à tout le pyrrhonisme », mais sans que nous sachions exactement ce qu'elle désigne (et pourtant elle permet à Pascal, si enclin au dogmatisme, d'accepter le judaïsme de la kabbale, ou ce qu'il en connaît). C'est passer à l'ésotérisme, en éloignant la tradition scolaire de la philosophie. Une idée au-delà du concept peut être claire, elle ne peut jamais être distincte, c'est-à-dire présente à l'esprit avec tous ses éléments. Une certaine indistinction amènera des jugements indéterminés, malgré la prescription kantienne. Enfin, il sera interdit d'enclore le sens de l'action dans la maxime ; il faudra dire avec le zen : « Agis comme si tu n'agissais pas. »
Pour éviter que la pensée s'évapore en anagogies faciles, il faut observer quelques précautions. On doit d'abord écarter tout syncrétisme, sinon on reconstituerait une orthodoxie, d'autant plus menacée d'intolérance qu'elle serait mal fondée. Il ne faut ensuite ni relativiser ni affaiblir les doctrines : les idées de derrière, comme disait Pascal, ne sont pas du même ordre que les convictions vécues et ne doivent pas s'y substituer. En troisième lieu, les exigences morales ou rituelles de la confession ou de l'École ne doivent être ni supprimées ni atténuées par la représentation d'un fondement transcendant. Il n'y aurait aucune place pour le respect si chacun ne commençait par se respecter soi-même : les soufis s'abstiennent de vin, de porc et de viande d'animaux tués par étouffement ; la franc-maçonnerie ne saurait prendre la place d'une religion.
La pensée de Clément d'Alexandrie se conforme à toutes ces règles de validité. Clément n'est rien d'autre que chrétien. Il l'est si purement qu'il rejette le judéo-christianisme et ses tendances encratites. Le privilège des juifs consiste à avoir engendré le Messie, leur théologie présente des zones d'ombre. Le Christ ne fait qu'un avec la Raison universelle, leLogos. Cette proposition, d'origine johannique, va recevoir une application étendue. Tout homme a été créé à l'image de Dieu. Mais seuls les justes demeurent à sa ressemblance. Aussi Dieu a-t-il révélé à tous les peuples sa justice par l'intermédiaire de l'ange de chaque nation et des inspirés. Hors du christianisme, les vérités sont enveloppées d'ombre. La Source unique qui les a révélées ne les rend pas moins respectables. Nous devons donc vénérer non seulement les prophètes de l'Ancien Testament, mais encore les grands chantres du paganisme. Philon avait déjà suggéré que Platon avait bénéficié d'une assistance surnaturelle. Clément multiplie des parallèles d'artiste. Par exemple entre les deux citharèdes, Orphée et David : leur chant préfigure et annonce l'Évangile.
La pensée de Clément rebute quelques-uns, car elle se fonde sur un symbolisme générateur d'une très riche iconographie, mais dont le ressort a cessé d'être populaire. Du point de vue philosophique, elle contient une difficulté. La doctrine, d'une grande richesse, permet d'interpréter les traditions de tous les peuples. Mais au fond elle identifie la vérité métaphysique avec l'acte créateur et toute vérité particulière qui s'y rapporte avec le moment de l'inspiration. Il s'ensuit que l'on considère légitimement une pensée universelle, mais que toute pensée est entraînée dans un mouvement de décadence. Cela serait vrai même de cette restauration de l'absolu qu'était la mission du Christ. Il n'y a qu'une ressource : c'est de pratiquer une exégèse axée vers la découverte du Palaios Logos, du sens d'origine, seule apte à démasquer le Logos derrière la parole humaine.
Nul doute que l'islam se montre essentiellement favorable à la tolérance puisque le Coran (cf. sourateXVI, 92-93) se présente moins comme une révélation originale que comme la reviviscence d'une Tradition éternelle, déjà contenue dans les enseignements de Moïse et de Jésus, qui s'identifie à la Parole de Dieu, mais que les juifs et les chrétiens vivent souvent mal. Par malheur, la pratique s'écarte quelquefois de l'essence. Les soufis ont rigoureusement gardé la notion de la Parole unique et descendue, le respect pour les religions du livre. Le plus remarquable est sans doute Ibn Arabi lorsqu'il affirme, au-delà de la diversité des formes confessionnelles, l'identité entre la pensée du mystique animé par la répétition du dikhr, la méditation du sage hébreu et la contemplation du moine chrétien dans son cloître : elle se fonde sur la doctrine de l'Unité absolue de Dieu et de l'Être.
Cette thèse se retrouve de nos jours chez deux convertis à l'islam, René Guénon et son disciple Fritjof Schuon. Guénon a particulièrement développé l'idée d'une « tradition primordiale », qui n'est pas sans analogie avec le Palaios Logos de Clément d'Alexandrie. Il a vigoureusement insisté sur la nécessité de respecter les différentes formes qui véhiculent la Tradition. Contre des penseurs ardents, mais un peu trop imaginatifs, qui effaceraient volontiers la diversité dans une impatience d'absolu, comme Édouard Schuré, Guénon enseigne que, plus l'initié s'approche de l'identité suprême, plus il doit rejeter toute tentation de synthèse ou de mélange, plus scrupuleusement il doit respecter la forme particulière où il a cherché l'illumination (Aperçus sur l'initiation, chap. VI et VII).
On voit que la tolérance n'implique aucun abandon de conviction. Si nous cherchons à formuler l'idée qui la sous-tend sans référence explicite à la tradition, nous pouvons suggérer qu'elle revient à l'idée pascalienne de vérité, ou, si l'on veut, à l'idée de l'humanité en général et de son entière destination. Elle ne va pas sans poser des problèmes. D'abord un problème théorique : l'idée transcendante ne sort pas d'une synthèse et le dépassement ésotérique ne constitue pas une Aufhebung hégélienne, ne comporte pas la double négativité abstraite et laisse intactes les positions exotériques. Cela laisse perplexes beaucoup d'esprits. Ne faut-il pas déplorer qu'une vertu aussi haute et aussi nécessaire ne soit fondée que pour une élite ? Ou bien faut-il se résigner à croire avec Frank Abauzit que les hommes auraient plus besoin de sermons que de méditations et de raisons ?" (Bernard GUILLEMAIN)